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M. Mazbouri u.a. (Hrsg.): Scandale et histoire

 

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Zuerst erschienen in: Schweizerische Zeitschrift für Geschichte Vol. 67 Nr. 3, 2017, S. 501-502.
Titel:Scandale et histoire
Herausgeber:Mazbouri, Malik; François, Vallotton
Ort:Lausanne
Verlag:Antipodes
Jahr:
ISBN:978-2-88901-118-6
Umfang/Preis:238 S.

Alain Clavien, Institut de journalisme, Faculté des lettres de l'Université de Neuchâtel
E-Mail: <alain.clavienbluewin.ch>

Le scandale a jusqu’à présent retenu plus l’attention des sociologues que celle des historiens. Et le bilan est encore plus maigre en Suisse, pays où le scandale peine à se déployer pour remettre en question l’ordre des choses. Les quelques ouvrages qui existent à ce sujet sont dus à la plume de journalistes, plus descriptifs qu’analytiques. Ce livre comble donc une lacune, en reprenant une partie des contributions à un colloque organisé à Lausanne en 2014, l’autre partie ayant déjà été publiée dans une livraison de la revue Traverse (2015/3).

Empruntés à la sociologie française, «désingularisation» et «mobilisation multisectorielle» sont les concepts qui relient les diverses contributions de cet ouvrage collectif. Par eux, le scandale peut advenir, sans eux, il n’y a pas de scandale. Et de fait, plusieurs articles renvoient à un non-scandale ou à un «scandale de basse intensité», pour reprendre le titre de l’un d’entre eux. Le scandale n’est pas un phénomène «essentialiste», il ne suffit pas que la transgression des normes admises par un acteur important de la société, individu ou collectif, soit dénoncée pour que surgisse le scandale. Il y faut une conjoncture politique favorable.

Ainsi l’escroquerie financière décortiquée par Marc Perrenoud: les promesses de l’Investors Overseas Services ont beau avoir ruiné de nombreux épargnants à la fin des années 1960, les banques suisses, celles qui y ont participé comme celles qu’indignaient ces procédés «américains», préfèrent laver leur linge sale discrètement au sein de l’Association suisse des banquiers. Faute de relais, le scandale amorcé par quelques articles de presse ne peut prendre corps et le procès retentissant de Bernie Cornfeld concentre tous les torts sur une seule personne.

L’absence de réactions publiques face à une politique de placement des enfants, aujourd’hui unanimement dénoncée, illustre l’importance du contexte. Le débat ne «prend» pas en Suisse romande pour plusieurs raisons qu’examinent Joëlle Droux et Véronique Czaka. La Suisse alémanique connaît plusieurs remous, mais l’affaire de la maison d’éducation d’Uitikon (1970) en montre les limites: les dénonciations ne peuvent rien face à la solidarité des divers niveaux de pouvoir mis en cause, au point que les dénonciateurs sont poursuivis pénalement. Dans le même temps, en coulisse, les milieux professionnels finissent par réaménager certaines normes (Sara Galle et Gisela Hauss).

L’affaire des fiches en 1989 se présente ici comme un magnifique cas d’école. En effet, les activités de la police politique étaient connues, elles avaient même suscité dans les années 1970 quelques discussions au Parlement, qui toutes s’étaient conclues par une relégitimation des pratiques de fichage et de surveillance. Si on veut comprendre pourquoi le scandale des fiches prend une telle ampleur à l’au tomne 1989, il faut revenir à un contexte serré, ce à quoi s’attache l’article d’Hervé Rayner, Fabien Thétaz et Bernard Voutat. Portée par la sidération provoquée par la chute du Mur et les rapides transitions de régime en Europe de l’Est, la contestation s’enfle et s’alimente elle-même, bousculant le jeu politique classique. Le Conseil fédéral lui-même en arrive à justifier l’indignation des citoyens! Une remobilisation bourgeoise intervient pourtant, proposant des ripostes institutionnelles qui délimitent le champ des coupables — «un État dans l’État» — et sacrifient quelques hauts fonctionnaires. Le scandale se dégonfle alors.

De tels épisodes «désectorisants» qui voient l’indignation morale dépasser l’affrontement politicien sont rares. Malgré son caractère spectaculaire, l’affaire valaisanne des «vignes maudites», présentée par Grégoire Luisier, ne se révèle au final qu’un pétard mouillé entre les mains de l’opposition radicale, vite réduite par la majorité PDC. Dans son article sur le scandale du fluor en Valais, Coralie Fournier-Neurohr introduit une intéressante variable: les médias extérieurs au canton jouent un rôle déterminant dans la lente construction d’une mobilisation multisectorielle qui mettra en difficulté un gouvernement valaisan très lié à Alusuisse — qui est par ailleurs le plus gros employeur du canton.

L’ouvrage illustre le potentiel heuristique du fait scandaleux, à condition de ne pas le considérer comme un phénomène exceptionnel, mais plutôt comme un révélateur de fractures sociales. Étouffé ou achevé, le scandale offre ainsi un angle d’attaque utile pour l’historien, marqueur à la fois des persistances et des inerties mais aussi des évolutions de la société helvétique.

Zitierweise Alain Clavien: Rezension zu: Malik Mazbouri, François Vallotton (dir.), Scandale et histoire, Lausanne: Antipodes, 2016. Zuerst erschienen in: Schweizerische Zeitschrift für Geschichte Vol. 67 Nr. 3, 2017, S. 501-502. <http://hsozkult.geschichte.hu-berlin.de/infoclio/id=31122>
 
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