1 / 1 Rezension

Mittelalterliche Geschichte

C. Dunand: Des montagnards endiablés

 

Externe Angebote zu diesem Beitrag

Informationen zu diesem Beitrag

Autor(en):
Titel:Des montagnards endiablés. Chasse aux sorciers dans la vallée de Chamonix (1458-1462)
Reihe:Cahiers lausannois d’histoire médiévale 50
Ort:Lausanne
Verlag:Cahiers lausannois d'histoire médiévale
Jahr:
ISBN:2-940110-63-8
Umfang/Preis:208 S.

Astrid Estuardo Flaction
E-Mail: </>

Entre 1458 et 1462, la vallée de Chamonix est le théâtre d’une chasse aux sorciers qui conduit quatre hommes et neuf femmes au bûcher. Ces affaires ont pour contexte des relations extrêmement tendues entre le prieuré et les habitants de la vallée. C’est au coeur des rouages du système judiciaire, politique et social que nous emmène la publication du mémoire de licence de Carine Dunand, qui marque l’heureux 50e numéro des Cahiers lausannois d’histoire médiévale, après vingt ans d’existence. En analysant des sources encore peu exploitées qui, suivant la tradition de cette collection, sont éditées et traduites, l’auteure met le doigt sur les jeux de pouvoir au sein de la communauté chamoniarde et de son prieuré.

La première partie de l’ouvrage fait office d’introduction et révèle le contenu des documents relatifs aux affaires de 1458 à 1462. Les protagonistes et les faits y sont exposés.

La deuxième partie présente la situation géographique de la vallée de Chamonix et brosse le tableau de la société chamoniarde depuis la cession de la vallée par le comte de GenèveAimon Ier à l’abbaye bénédictine de Saint-Michel de Clue en 1091 jusqu’à la fin du XIVe siècle. L’auteure y démontre les tensions entre le prieuré et les habitants de la commune, dont la cause principale se trouve dans les chartes de franchises. Celles-ci, dont les Chamoniards jouissent depuis 1292 et que l’on trouve rarement chez les communautés montagnardes avant leXVIe siècle, définissent les droits du seigneur sur ses sujets. Par ailleurs, elles octroient aux habitants de Chamonix un privilège inhabituel qui est celui de statuer sur les affaires criminelles de haute justice, autrement dit de partager le pouvoir judiciaire avec le prieur.Au fil de l’histoire chamoniarde, les tentatives de bafouage des droits des communiers se succèdent et créent d’importantes dissensions entre le prieur et ses sujets. Les tensions les plus vives ont lieu sous le priorat de Guillaume de Ravoire, membre de la famille de Ravoire qui est l’une des plus puissantes du diocèse de Genève dès le début duXIVe siècle. Carine Dunand émet l’hypothèse qu’il existerait des faveurs octroyées à la famille de Ravoire par la Maison de Savoie dont elle est très proche. La nomination de Guillaume de Ravoire à la tête du prieuré de Chamonix pourrait en être une manifestation. Tout au long de son priorat, celui-ci fait preuve d’un large favoritisme en offrant à des membres de sa famille des fonctions politiques, économiques et administratives. Népotique,vivant en concubinage, cherchant à bafouer les droits de ses sujets et voulant les dominer, le prieur de Chamonix est très mal vu par les habitants de la vallée.

La troisième partie est une analyse approfondie des sources présentées dans la première partie. Plus que les protagonistes, ce sont les liens entre ceux-ci qui sont au centre de ce chapitre. Le grand intérêt de celuici réside dans la démonstration de la place de plus en plus marquée du politique dans les procès. Le premier, en 1458, condamne deux femmes au bûcher, Guiga Balmat et Rolette Duc, et fait état d’un bon déroulement de l’affaire et du partage correct de l’exercice de la justice entre les prud’hommes et le prieuré, suivant les franchises de la vallée. Quatre mois à peine après avoir prononcé la sentence, les premiers abus relatifs au pouvoir judiciaire sont commis lors de l’affaire suivante qui verra la mise à mort d’Henriette Oncey.Au contraire du premier cas, cette affaire montre une mauvaise collaboration entre les différentes instances juridiques, car la procédure connaît un vice de forme qui engendre un refus de statuer de la part des prud’hommes. Mais le point de rupture se produit durant l’affaire Jean Corteys lorsque Guillaume de Ravoire outrepasse ses droits à plusieurs reprises, ce qui provoque l’ire de ses sujets. Carine Dunand montre que l’affaire Jean Corteys est un pivot dans la chasse chamoniarde qui va, dès lors, s’accentuer. L’amplification de la lutte contre l’hérésie pourrait provenir du désir du prieur de réprimer cet élan de révolte et ainsi imposer sa domination sur la communauté. La répression religieuse s’imprègne d’un caractère politique évident. Ceci est corroboré par les procès de 1462. Parmi les huit individus accusés d’être des adeptes du diable, se trouve en effet la femme de l’un des plus riches syndics de Chamonix.

Enfin, la dernière partie traite plus largement de l’inquisition dans le diocèse de Genève et de l’influence des traités démonologiques dans les procès chamoniards. L’auteure montre que les inculpés de 1462 présentent le portrait type du sorcier tel qu’il est véhiculé dans la première moitié duXVe siècle dans les traités Ut magorum et maleficiorum errores du juge laïc dauphinois Claude Tholosan, les Errores gazariorum d’un auteur anonyme et le Flagellum hereticorum fascinariorum de l’inquisiteur bourguignon Nicolas Jacquier, dont un manuscrit a circulé dans la région.

À travers l’analyse des sources, Carine Dunand réussit à montrer habilement la complexité des rapports qu’entretiennent les Chamoniards avec leur prieur et les luttes de pouvoir qui rythment la vie de la vallée. Toujours prêts à défendre les droits octroyés par les chartes de franchises, les habitants de Chamonix sont perçus par le prieuré comme entravant ses velléités de pouvoir. Avec la chasse aux sorciers des années 1458 à 1462, sous le priorat de Guillaume de Ravoire, on assiste à une politisation de la démonologie, et c’est en cela que l’auteure parle à juste titre d’«hérétiques politiques».

Zitierweise Astrid Estuardo Flaction: Compte rendu de: Carine Dunand, Des montagnards endiablés. Chasse aux sorciers dans la vallée de Chamonix (1458-1462), Lausanne, Cahiers lausannois d’histoire médiévale 50, 2009. Première publication dans: Revue historique vaudoise, tome 118, 2010, p. 277-278. <http://hsozkult.geschichte.hu-berlin.de/infoclio/id=19231>
 
1 / 1 Rezension