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La Grève générale de 1918 en Suisse

 

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Zuerst erschienen in: infoclio.ch, 28.01.2019. <http://hsozkult.geschichte.hu-berlin.de/infoclio/id=30204>

Rennwald, Jean-Claude; Zimmermann, Adrian (Hrsg.): La Grève générale de 1918 en Suisse. Histoire et répercussions (= Focus 25). Neuchâtel: Éditions Alphil 2018. ISBN 978-2-88950-015-4; CHF 19,00 € 14,00.

Steiner, Julien (Hrsg.): La Grève générale de 1918 à Bienne et dans le Jura bernois (= Intervalles. Revue culturelle du Jura bernois et de Bienne 111). Bienne: Intervalles 2018. ISBN 1015-7611; 111; CHF 30.00.

Dominique.Dirlewanger
Dominique.Dirlewangerunil.ch

Dans le sillage des commémorations du centenaire de la Grève générale de 1918, plusieurs publications en Suisse romande offrent un éclairage local des troubles sociaux qui ponctuent la fin de la Première Guerre mondiale. Le premier ouvrage discuté ici, issu de la collection Focus éditée par Alphil à Neuchâtel, propose une synthèse sur les événements dans l’Arc jurassien, ainsi que les cantons de Genève, Vaud, Valais et Fribourg. Le second accompagne l’exposition « 1918 Guerre et Paix » organisée en mars 2018 par le Nouveau Musée Bienne (NMB) qui ambitionne de dresser le portrait des femmes et des hommes engagés dans les mobilisations du Jura bernois.

Sous la direction de Jean-Claude Rennwald et Adrian Zimmermann, « La Grève Générale de 1918 en Suisse. Histoire et répercussions » présente dans la première moitié du livre une synthèse des causes et des conséquences de « la plus grande crise intérieure que la Suisse moderne ait connue depuis la guerre du Sonderbund de 1847 ». Adrian Zimmermann suit un exposé chronologique en mêlant des références historiographiques des vingt dernières années, des citations tirées du quotidien socialiste La Sentinelle et des archives de l’Union syndicale suisse (USS). Cette synthèse ne propose pas d’interprétation inédite, ce n’est pas son rôle, mais elle permet une vue globale de la séquence sociale autour de 1918, dans son contexte national et international. En l’effet, l’auteur spécialiste de l’histoire du mouvement ouvrier suisse et hollandais offre un panorama fort complet des dynamiques sociales et économiques, même si on regrette parfois un manque d’intérêt pour le point de vue patronal et des autorités politiques dans le déroulement des événements.

La seconde partie du livre présente quatre contributions de perspectives cantonales et deux chapitres plus généraux sur les grèves du 20ème siècle en Suisse et à travers le monde. L’historien et syndicaliste Jean-Claude Rennwald livre une description des répercussions de la grève à Bienne, Granges et La Chaux-de-Fonds, non sans avoir au préalable décrit la lecture caricaturale que donne la presse libérale neuchâteloise des événements en question. Pour une présentation plus détaillée des conflits, il faut ici mentionner les travaux récents de Marc Perrenoud [1]. Julien Wicki propose une lecture vaudoise et genevoise de la presse, associée à une consultation rapide des archives de police, ainsi que des documents mis à disposition par l’USS. Ce « premier essai sur l’histoire vaudoise de la grève » générale rend compte d’un déroulement nuancé entre les différentes régions du pays de Vaud et démontre sans détour que la Grève générale constitue « un événement majeur dans l’histoire sociale du canton ». Pour le volet genevois, la contribution reste fortement tributaire des travaux déjà anciens de Mauro Cerruti [2]. Mathias Reynard tente une confrontation de la presse catholique et patronale valaisanne avec les traces des mobilisations syndicales à Monthey, Brigue, et de façon plus disparate à Sion et Chippis. L’historien valaisan souligne l’ampleur de la répression : « face aux quelques 200 grévistes, ce sont plus de 2000 soldats qui sont mobilisés dans le canton ». L’étude du canton de Fribourg par Laurent Andrey se concentre sur la mémoire conservatrice et antisocialiste de la grève dans les années d’après-guerre. Les deux dernières contributions compilent des données disparates sur les statistiques lacunaires des mouvements sociaux en Suisse et suggèrent une mise en perspective des grèves comme « arme planétaire ».

Si « l’antisocialisme violent » repéré par les différentes contributions (p. 66, 71, 83, 107, 115) a depuis longtemps été analysé par l’historiographie, l’ensemble des chapitres laisse apercevoir le rôle majeur des cheminots dans la diffusion de la grève générale de 1918 en Suisse. De même, ces recherches témoignent chacune d’un écho plus qu’anecdotique des mouvements sociaux aux quatre coins du pays, relativisant l’image d’une Romandie épargnée par les troubles. Toutefois, le lecteur pourrait regretter le survol trop rapide porté sur les réactions des autorités politiques cantonales, en particulier leurs relations complexes avec les autorités militaires et le Conseil fédéral. De même, les contributeurs se focalisent majoritairement sur le mouvement ouvrier, ne mentionnant qu’en passant certaines réactions et oppositions des employés et fonctionnaires cantonaux. Enfin, les deux derniers chapitres sont de qualité inégale, car ils recensent de manière uniforme des conflits sociaux aux origines et aux acteurs fort disparates, sans discuter d’ailleurs les évolutions structurelles du salariat au 20ème siècle. Malgré ces quelques critiques, l’ouvrage constitue à maints égards une bonne entrée en matière sur les conflits sociaux en Suisse romande à la sortie de la Première Guerre mondiale.

Responsable de la seconde publication, le numéro « La Grève Générale de 1918 à Bienne et dans le Jura Bernois » de la revue Intervalles, l’historien Julien Steiner rassemble de nombreux documents et textes autour des journées de novembre à Bienne et environs. L’introduction de l’ouvrage compile quelques recherches des trente dernières années en français et en allemand, sans réussir toutefois à dégager de nouvelles orientations historiographiques depuis les travaux majeurs publiés par Willi Gautschi et Paul Schmid-Ammann en 1968 qui ne sont pas mentionnés. Les ressources iconographiques, les fiches biographiques, les quelques documents d’archives et les données statistiques éparses intéresseront le lecteur non seulement par la qualité de leur reproduction, mais surtout par leur caractère régional. Ce travail de recensement est fort pertinent pour documenter l’histoire locale, très utile également pour les enseignants. Les sources reproduites en fac similé sur presque trente pages offrent un éventail fascinant des réactions communales à la mobilisation syndicale à Corgémont, Cormoret, Courtelary, La Ferrière, Mont-Tramelan, Moutier, Neuveville, Orvin, Péry, Renan, Saint-Imier, Sonceboz-Sombeval, Sonvilier, Tramelan… Le lecteur regrettera l’absence d’un commentaire d’ensemble ou de quelques développements sur le contexte des différentes lettres ici reproduites. En outre, à l’exception d’une rapide notice sur la militante socialiste Lucie Ablitzer, qui aurait gagné à intégrer les éléments biographiques publiés par le Maitron (<maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article196135>), l’absence d’une réflexion sur le mouvement des femmes est plus gênante… Dans l’ensemble, l’ouvrage reste tributaire de recherches souvent anciennes, comme celles de David Gaffino, Tobias Kästli, Hervé De Weck et Bernard Roten. Enfin, les deux dernières contributions du numéro sur l’actualité des grèves en Suisse représentent un exercice délicat. L’analyse des syndicalistes Vania Alleva, présidente de UNIA, et Andreas Rieger, ancien coprésident, focalise l’attention sur les mouvements sociaux depuis la fin des années 1990, sans interroger la pertinence de l’opposition entre grève défensive ou offensive. Les deux grèves en 2004 et 2006 contre le démantèlement des usines métallurgiques de la Boillat et Reconvilliers font l’objet d’une chronique rédigée par Karim Boukhris dont le point de vue peine à donner la parole aux grévistes. Malgré ces faiblesses, la lecture de la revue Intervalles est agréable et le travail de mise en page apporte un réel intérêt aux documents présentés.

La perspective des deux ouvrages proposés ici n’est pas de rivaliser avec les publications réalisées en Suisse alémanique au cours de l’année 2018 [3], car ils n’ont ni les mêmes moyens, ni la même ambition de synthèse. Cependant, les travaux menés en Romandie ont l’intérêt de révéler la nécessité d’une recherche globale sur l’épineuse question de la Grève générale dans l’ensemble des régions de la Suisse. Quant à l’urgence d’un ouvrage de vulgarisation qui proposerait une présentation des avancées de la recherche historiographique depuis cinquante ans, il attend encore son auteur…

Notes:
[1] La Grève générale à La Chaux-de-Fonds, in : Traverse Revue d’histoire, ISSN 1420-4355, Band 2018/2, p. 231–254.
[2] Le mouvement ouvrier genevois durant la Première Guerre mondiale et la grève générale, in : La grève générale de 1918 en Suisse, Genève: Grounauer, 1977, p. 103-210.
[3] Voir par exemple, Roman Rossfeld, Der Landesstreik : die Schweiz im November 1918, 2018, 455 p.

Zitierweise Dominique Dirlewanger: Compte rendu de: Jean-Claude Rennwald, Adrian Zimmermann, La Grève Générale de 1918 en Suisse. Histoire et répercussions, Neuchâtel, Alphil, 2018 / Julien Steiner: La Grève Générale de 1918 à Bienne et dans le Jura Bernois, Intervalles - Revue culturelle du Jura Bernois et Bienne, no. 111, 2018. Zuerst erschienen in: infoclio.ch, 28.01.2019. <http://hsozkult.geschichte.hu-berlin.de/infoclio/id=30204>
 
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