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Neuere Geschichte

P. Bissegger: D'ivoire et de marbre

 

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Première publications dans: Revue historique vaudoise, tome 116, 2008, p.275-276. <http://hsozkult.geschichte.hu-berlin.de/infoclio/id=14776>
Autor(en):
Titel:D'ivoire et de marbre. Alexandre et Henri Perregaux ou l'Âge d'Or de l'architecture vaudoise 1770-1850
Reihe:Bibliothèque historique vaudoise 131
Ort:Lausanne
Verlag:Bibliothèque historique vaudoise
Jahr:
ISBN:978-2-88454-131-2
Umfang/Preis:783 S.

Dave Lüthi
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Spécialiste (entre autres) de l’architecture de la première moitié du XIXe siècle, Paul Bissegger livre après son Moyen Âge romantique au Pays de Vaud et Entre Arcadie et Panthéon (tous deux également parus à la BHV) un ouvrage majeur qui, comme les titres précédents, fera date dans l’historiographie architecturale vaudoise. En effet, parcourant ces pages richement illustrées de photographies, de plans, de relevés, de gravures, de tableaux et de graphiques, le lecteur se rend compte de la masse de documentation investiguée et de la quantité d’informations livrées par l’auteur: sur près de 800 pages, suivant un fil à la fois chronologique, typologique et thématique, Paul Bissegger y présente l’oeuvre individuelle et parfois commune d’Alexandre (1749-1808) et Henri (1785-1850) Perregaux, père et fils, tous deux architectes.

Avant de parler architecture, l’auteur a dû s’intéresser à un domaine plutôt éloigné, celui de la sculpture miniature sur ivoire; en effet, Alexandre est d’abord un joaillier et graveur connu assez loin à la ronde à la fin du XVIIIe siècle pour ses oeuvres d’une infinie précision (les détails sont parfois invisibles à l’oeil nu!) qui contrastent bien évidemment avec ses oeuvres de pierre, monumentales par essence. De son premier métier, Alexandre Perregaux conserve un certain goût de l’ornement qui inscrit ses compositions dans la continuité des réalisations régionales du siècle des Lumières. Le bâtiment du Grand Conseil, à Lausanne, est sans aucun doute son chef d’oeuvre (1803-1808) – que l’on souhaite voir respecté à la hauteur de sa valeur architecturale, historique et symbolique lors de sa prochaine reconstruction (consécutive à l’incendie de 2002).

A la mort d’Alexandre, son fils Henri reprend une partie de ses chantiers mais s’émancipe peu à peu de l’architecture paternelle pour s’engager dans une voie néoclassique plus stricte, typique de son temps. On ignore hélas où il se forme au métier de constructeur – sans doute auprès de son père – mais il fait vite preuve d’une grande maîtrise professionnelle: de 1808 à 1849, ce sont des centaines d’édifices en tout genre (temples, églises catholiques, hôtels de ville, écoles, tribunaux, prisons, immeubles de rapports, maisons de campagne, casinos, bains, serres, etc.) qui l’occupent dans l’entier du canton (hormis le district d’Oron) et même au-delà (Fribourg, Berne, Thonon, Simplon, Grand-Saint-Bernard). Perregaux fait partie de cette première génération d’architectes qui parviennent à vivre de leur métier: «L’usage d’employer des architectes, presque inconnu autrefois, devient toujours plus fréquent» relève-t-il d’ailleurs dans les années 1840 (p. 634). Perregaux a laissé deux textes uniques en leur genre dans le contexte régional, qui sont publiés en annexe de l’ouvrage: une liste autographe de ses oeuvres, qui est à la base de cette étude (elle a été complétée par Paul Bissegger, Perregaux ayant de son propre chef exclu des travaux mineurs ou considérés comme tels), ainsi qu’un intéressant manuscrit : «De l’architecture dans le Canton de Vaud», sans doute commandé par Louis Vulliemin pour l’une de ses publications, dans lequel Perregaux dresse un panorama de l’art constructif depuis les temps anciens. On y dénote un vif intérêt pour l’Antiquité et leMoyen Âge ainsi qu’un mépris flagrant pour les époques plus récentes; le chapitre le plus important à relever est celui où il dépeint son époque, critiquant ici l’extrême économie de l’architecture publique ou l’indigence de l’habitation des pauvres, se réjouissant là des nouveaux collèges construits suite à la loi de 1834,même par des «communes peu moyennées [ce] qui les honorent» (p. 653). Ses considérations plus techniques, voire économiques, sur les ponts et chaussées, les matériaux (traditionnels et nouveaux) ou la tenue des chantiers prouvent l’envergure de l’architecte, à la fois artiste et entrepreneur averti.

Pour qui est habitué aux nombreuses «biographies professionnelles» d’architectes des XIXe et XXe siècles – un genre souvent remis en question, mais peu renouvelé – cette monographie prend une allure assez particulière. En effet, si la biographie semble un genre a priori «fermé» – nous empruntons à dessein cette catégorie wölfflinienne – la double monographie proposée par Paul Bissegger appartiendrait plutôt à un type d’ouvrage «ouvert» à partir duquel, autour de la colonne vertébrale formée par l’histoire des Perregaux, se dégagent de nombreuses thématiques non pas secondaires, mais bien induites par le thème principal. En raison de la relative indigence des informations fournies par les archives, la thématisation de certaines questions architecturales ou techniques permet ainsi de pallier des manques. Un plan baroque, donc, pour cet ouvrage sur le néoclassicisme…On en vient presque à regretter un titre qui risque de détourner le lecteur trop peu curieux: en effet, si Paul Bissegger traite en détail la production des deux architectes Perregaux, dans son très précieux chapitre 16 («Un monde foisonnant: les ingénieurs et architectes»), il livre des informations inédites et effectivement foisonnantes sur nombre de leurs contemporains. Du dernier tiers du XVIIIe siècle au milieu du XIXe, il n’est pas un constructeur notable du canton (voire de la Suisse romande) qui ne soit cité, et ses oeuvres avec lui. Les Boisot, Fraisse, Franel, de la Harpe, Kinkelin, Recordon, etc. apparaissent enfin moins mystérieux. Si l’on aurait pu souhaiter voir certaines questions d’ordre général (organisation et professionnalisation des métiers de l’architecture par exemple, concurrence, etc.) être plus approfondies – il est toujours facile de demander plus… –, il faut bien reconnaître que la «Bible» annoncée par le prospectus de souscription ressemble plutôt, au final, à une encyclopédie du patrimoine néoclassique vaudois. Patrimoine souvent modeste, certes, mais dont l’intérêt dépasse les strictes frontières de l’histoire de l’architecture. Grâce à l’analyse qu’en fait Paul Bissegger, il intéressera aussi les historiens des techniques, de l’économie, etc., et, grâce à la langue précise et limpide de l’auteur, au glossaire, à l’index et à la bibliographie fournie qui accompagnent ces pages, un plus large public d’amateurs d’architecture et d’histoire vaudoise. Didactique, l’ouvrage n’en est pas moins une base désormais incontournable pour toutes les recherches à venir sur l’architecture de ce demi-siècle. Une gageure.

Zitierweise Dave Lüthi: compte rendu de: Paul Bissegger, D'ivoire et de marbre. Alexandre et Henri Perregaux ou l'Âge d'Or de l'architecture vaudoise 1770-1850, Lausanne: Bibliothèque historique vaudoise 131, 2007, 783 p. Première publications dans: Revue historique vaudoise, tome 116, 2008, p.275-276. <http://hsozkult.geschichte.hu-berlin.de/infoclio/id=14776>
 
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